



Mortalité estivales des huîtres ; Mise à jour 25 juin 09
Publié en date du 15 mai dernier le rapport des professeurs Gilles Boeuf ( Paris
VI), François Bonhomme(CNRS), Michel Mathieu(Université de Caen) et Bernard Chevassus-
D’une lecture assez difficile, en voici un résumé.
Le rapport examine en premier lieu les causes possibles de mortalité.
La deuxième partie examine les données disponibles sur la fertilité des huîtres triploïdes (comportant 3 N chromosomes soit trois séries de chromosomes contre 2 à l’état naturel). Les effets sur ces animaux des différentes méthodes utilisées pour obtenir de tels sujets. Les résultats d’opérations de biovigilance conduites sur les lieux de captage des naissains. (La biovigilance est une surveillance accrue destinée à mettre en évidence les effets de fuites d’individus modifiés dans le milieu naturel et leurs conséquences éventuelles)
La troisième partie présente les données disponibles sur la croissance et la survie des sujets triploïdes (3N) par rapport aux diploïdes (2N). Les sujets triploïdes s’avérant globalement plus résistants.
Nous avertissons le lecteur: on ne peut pas tout simplifier. Les grandes catastrophes sont presque toujours multi factorielles voire imputables à un enchaînement de facteurs. Il y a rarement une cause, un effet. Par ailleurs des causes différentes peuvent produire des effets semblables. Certains facteurs pouvant, dans certaines conditions, devenir déterminants et pas dans d’autres. Il faut par conséquent se montrer prudent et patients. Les ostréiculteurs, pressés par des contraintes économiques veulent des résultats. A ce jour, il faut admettre qu’on ne dispose pas de LA réponse. Tout au plus peut on montrer les pistes suivies par les scientifiques.
Les causes possibles de mortalité.
La vie d’une huître se résume à croitre, se reproduire et assurer sa défense contre les microbes ou les agents toxiques présents dans l’eau. On rappellera que les huîtres se nourrissent en filtrant l’eau. Elles sont par conséquent en première ligne pour absorber tout agent toxique ou pathogène présent dans le milieu.
La stratégie de reproduction adoptée par ces animaux implique l’affectation à la reproduction de quasi toutes les ressources disponibles. Par conséquent, la survenue d’un événement environnemental, toxique ou pathogène, dans cette période, est de nature à mettre en péril leur survie. Elles sont tout simplement incapables de réaffecter des ressources énergétiques dévolues à la reproduction pour assurer leur défense et…elles meurent.
Certaines années ont été marquées par une mortalité estivale particulièrement sévère.
Parmi les hypothèses, on retiendra les conditions météorologiques de l’année précédant
la mortalité, soit celle ou les naissains ont été produits ou prélevés. Ces conditions
sont caractérisées par un hiver sous influence océanique soit un hiver doux et un
printemps pluvieux (l’hiver 2007 doux et pluvieux fut suivi en 2008 par une mortalité
accrue des juvéniles) Mais faut-
Influence de l’élevage d’huîtres triploïdes
Comme cité précédemment dans l’article « Mortalité estivales des huîtres », plusieurs méthodes permettent d’obtenir des huîtres triploïdes, en principe stériles. Cette particularité permet à l’animal d’économiser l’énergie dévolue à la reproduction et la consacrer à la croissance. De plus, stérile, l’huître ne devient en principe pas laiteuse, une caractéristique généralement peu appréciée du consommateur. La méthode qui s’est imposée pour obtenir des
huîtres triploïdes (3N chromosomes )est celle consistant à produire des mâles tétraploïdes ( 4N)et les croiser avec des femelles diploïdes( 2N).
Il est très vite apparu que les huîtres triploïdes n’étaient pas totalement stériles, une part non négligeable des mollusques entrant en gamétogénèse (processus de reproduction) L’émission de gamètes triploïdes dans la nature et une reproduction spontanée produit des larves dont le taux de survie est très faible. Mais, pour être certains de ne pas prendre le risque de stériliser les huîtres sauvages un processus de biovigilance a été mis en place sur les lieux de captage. Plusieurs milliers d’individus ont pu être analysés, aucun 3N ou 4N n’a été détecté. Par contre un certain nombre d’individus présentaient un nombre anormal de chromosomes. L’analyse cytométrique montrait la perte de 4 voire 5 chromosomes sur les 20 que possède une huître diploïde.
Ces « aneuploïdies »( anomalies du nombre de chromosomes, soit plus, soit moins )affectent les cellules somatiques. On ne dispose pas de données sur les atteintes à la lignée de cellules germinales pouvant conduire à la transmission de ces anomalies aux générations suivantes. De plus, on ne peut directement associer ces anomalies aux manipulations en amont, la littérature scientifique montrant que des hypoploïdies (déficit du nombre chromosomes) peuvent être induites par des produits toxiques soit des fongicides, herbicides ou métaux lourds, amenés sur les lieux d’élevage par lessivage des sols par la pluie. L’étude suggère d’examiner une éventuelle corrélation entre les anomalies du nombre de chromosomes et les épisodes pluvieux.
Il est impossible dans ce cadre d’enter dans le détail de la production des différentes lignées d’animaux destinés à la reproduction et les conséquences sur les performances zootechniques. Mais on retiendra que l’étude recommande de documenter davantage les tests de comparaisons entre les différentes lignées. L’étude suggère de mieux évaluer le taux de survie des lignées selon leur mode de production et leur sensibilité éventuelle aux facteurs environnementaux. Les performances zootechniques variant d’un bassin à un autre. Les observations menées à Thau en 2008 ne montraient pas de différences significatives entre les naissains d’écloseries qu’ils soient diploïdes ou triploïdes. Ces observations se limitent à ce seul lieu de production et on ne peut raisonnablement en tirer aucune conclusion.
Croissance et survie des diploïdies par rapport aux triploïdes
Peu de données sont disponibles sur la physiologie de Crassostrea Gigas. Des différences notables de consommations énergétiques sont relevées selon qu’il s’agisse de 2 N ou de 3 N. On soulignera aussi que la physiologie des individus dépend de la technique selon laquelle on a modifié la ploïdie. Par exemple, l’ingestion alimentaire dépendante de la température de l’eau est régulée de manière différente. Le réchauffement de l’eau lié au changement global n’affecterait pas les 3 N qui supporteraient un seuil thermique supérieur aux 2N
Enfin la contamination des huîtres par les toxines paralysantes montrent au total peu de différences même si la période de l’année où l’on constate le maximum de concentration de toxines est différente selon les lignées.
Conclusions générales.
Plusieurs incertitudes ne pourront être levées que grâce à des investigations supplémentaires.
Parmi celles-
Les auteurs posent la question d’apports de substances polluantes dans les bassins conchylicoles. L’observation de sujets présentant des aneuploïdies (des chromosomes en plus ou en moins) lors d’opérations de biovigilances, constituant une menace qu’il convient de prendre en compte. « Il convient de préciser l’ampleur et « l’impact de ces phénomènes. Identifier les substances incriminées, vérifier si ces problèmes sont suffisamment « pris en compte dans l’expertise des produits de l’industrie chimique sont des actions de long terme à intégrer « dans les programmes issus du Grenelle de l’environnement, notamment ECOPHYTO 2018. »
La filière présente une extrême vulnérabilité aux agents pathogènes en raison de l’organisation de l’ostréiculture. « Les transferts inter bassins et la pratique de transferts entre zones ou apparaissent des mortalités « et des zones apparemment indemnes favorisent la dissémination d’agents pathogènes et vont à l’encontre de « toutes les approches recommandées dans le domaine de la santé animale. »
« Il apparait indispensable de mettre en place un dispositif de certification du naissain par un opérateur « indépendant. Cette certification devra porter a minima sur les caractéristiques génétiques. »
En plus, « l’organisation de tests pluriannuels et multi locaux des différents types de triploïdes afin de préciser « leurs performances apparait souhaitable. »
« Si l’émission de spermatozoïdes dans le milieu par des mâles triploïdes devait prendre de l’ampleur ce « phénomène pourrait avoir un impact sur la production quantitative de naissain mais non sur la qualité du « naissain.» Il convient par conséquent d’en confirmer l’existence.
Les experts recommandent de « maintenir le dispositif de biovigilance qui a montré son intérêt, sur une « base annuelle ou bisannuelle en association avec les travaux sur les fluctuations de l’abondance du captage. »
Cette étude ne remet nullement en cause les précédentes observations. Elle pointe certaines pratiques jugées à risque , recommande une meilleure organisation et surtout une meilleure traçabilité de la filière ainsi que sa garantie par un organisme indépendant soit que ce dernier « résulte de l’organisation par des professionnels, des pouvoirs « publics ou de leur organisation conjointe. »
Marcelle Termolle.